La règle des « 3 à 6 mois » que l’on lit partout ne répond pas à votre vraie question : combien vous, avec votre crédit, votre famille et votre projet, devez avoir de côté avant de partir. Voici le montant réel et comment le calculer.
Combien d’épargne faut-il vraiment avant de quitter son CDI ?
La référence en finance personnelle est claire : une épargne de précaution équivaut à trois à six mois de dépenses courantes. Si vos charges mensuelles s’élèvent à 2 000 €, cela représente une réserve de 6 000 € à 12 000 €.
Mais cette règle vaut pour un salarié qui veut amortir un imprévu. Vous, vous changez de monde. Vous passez d’un revenu stable et garanti à un revenu irrégulier qui mettra des mois à monter. Pour un indépendant, le même principe se durcit : on vise six mois minimum, voire davantage quand les revenus sont irréguliers — ce qui est exactement le cas pendant les premiers mois d’activité.
Autrement dit, la fourchette « 3 à 6 mois » est un point de départ, pas une réponse. Le montant qui vous concerne dépend de votre situation précise. Calculons-le.
Comment calculer le montant adapté à votre situation ?
Quatre étapes, dans l’ordre. L’erreur classique est de raisonner sur son salaire : raisonnez sur vos charges fixes incompressibles, ce que vous devez payer même un mois sans aucun revenu.
- Additionnez vos charges fixes mensuelles. Loyer ou crédit immobilier, crédits en cours, énergie, assurances, mutuelle, alimentation, transport, frais liés aux enfants. Pas vos extras : le socle incompressible.
- Choisissez votre nombre de mois selon le scénario. C’est la durée pendant laquelle votre activité ne couvrira pas vos charges. Elle dépend surtout de votre filet chômage et de vos premiers clients (voir la table ci-dessous).
- Soustrayez vos filets de revenu. Allocation chômage maintenue, indemnités de rupture, premiers clients déjà signés, revenu d’un conjoint. Ce qui reste à couvrir par votre épargne, c’est le trou réel.
- Ajoutez les délais et une marge. Délai d’attente avant le premier versement chômage, temps de montée en charge de l’activité, et 1 à 2 mois de marge pour les imprévus. On ne se lance jamais « au plus juste ».
Faites le calcul tout de suite (tout reste sur votre appareil, rien n’est envoyé) :
| Votre situation de départ | Mois de charges à couvrir |
|---|---|
| Rupture conventionnelle + chômage maintenu | 3 à 6 mois |
| Rupture conventionnelle, mais sans clients signés | 6 mois |
| Démission sans droits au chômage | 9 à 12 mois |
| Quelques clients déjà signés avant le départ | − 1 à 3 mois sur les lignes ci-dessus |
Charges fixes : 2 500 €/mois. Départ en rupture conventionnelle, chômage qui couvre ~1 500 €/mois, aucun client signé, scénario à 6 mois.
Trou à couvrir = (2 500 − 1 500) × 6 = 6 000 €, plus une marge de 2 mois de charges (5 000 €) ⇒ ≈ 11 000 € d’épargne cible.
Le même profil sans chômage (démission) devrait viser 2 500 × 9 = 22 500 €. D’où l’importance du mode de départ.
L’allocation chômage change-t-elle le montant nécessaire ?
Radicalement. C’est la variable qui fait passer le besoin d’épargne du simple au double. Une rupture conventionnelle ouvre droit à l’allocation chômage (ARE) ; une démission classique, non. Le filet chômage joue alors le rôle de revenu de remplacement pendant que l’activité démarre.
Mieux : l’ARE peut se cumuler avec les débuts de votre activité. En cas de création, l’allocation versée correspond à votre ARE mensuelle diminuée d’environ 70 % du revenu tiré de la nouvelle activité — vous ne perdez donc pas tout dès le premier euro gagné. Le choix du mode de départ et du filet (maintien de l’ARE, versement en capital ARCE, statut) mérite sa propre analyse : nous la détaillons dans comment garder un revenu pendant sa transition.
Faut-il vraiment attendre d’avoir 6 mois d’épargne pour se lancer ?
Non — et c’est le point que la plupart des articles oublient. Attendre d’avoir un gros matelas n’est qu’une stratégie. L’autre, souvent plus sûre, consiste à ne pas quitter son emploi tout de suite.
Tant que vous êtes salarié, votre salaire couvre vos charges : l’épargne dédiée à la transition devient presque inutile. Vous lancez votre activité en parallèle, vous signez vos premiers clients, vous validez que ça tient — et vous ne posez votre démission que lorsque l’activité couvre déjà une partie de vos charges. Le besoin d’épargne fond. C’est tout l’objet de tester son projet sans quitter son emploi et de la question du statut pour facturer ses premiers clients en restant salarié.
Où placer son épargne de précaution de transition ?
Une seule règle : cette épargne doit être disponible immédiatement et sans risque de perte. Ce n’est pas un placement de rendement, c’est un coussin. On la garde donc sur des supports liquides et garantis : Livret A, LDDS, et LEP si vous y êtes éligible (son taux est plus avantageux). On évite tout ce qui est bloqué, volatil ou soumis à des frais de sortie — assurance-vie en unités de compte, actions, immobilier. Le jour où un mois est creux, vous devez pouvoir virer l’argent en 24 heures.